6ème rapport du GIEC

Le lac asséché d'Oroville, en Californie (Etats-Unis), le 5 septembre 2021. (JOSH EDELSON / AFP)

Le deuxième volet du 6ème rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) est paru le 1er trimestre 2022. Cette partie aborde les effets du changement climatique sur les sociétés humaines et les écosystèmes, ainsi que les moyens de s'y adapter.

 

Nous vous proposons dans cet article de se concentrer sur les impacts sur le milieu forestier et le vivant (autre que l'être humain).

Impacts sur la forêt

Les 831 chercheurs ayant participé à la rédaction du rapport sont unanimes. Les dégâts causés par l'activité humaine sont déjà visibles et irréversibles.

En 2020, la perte de couvert forestier atteint les 25,8 millions d’hectares, soit plus de 0,6 % de la superficie mondiale des forêts selon le World Resources Institute. C'est plus que la superficie du Royaume-Uni. La perte du couvert forestier n'est pas seulement dû au changement climatique, mais il renforce le phénomène. 

Le mot "forêt"

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fois dans le rapport

350 000 000

hectares de forêts brûlent par an (6x la France)

  • Augmentation des feux de forêt

Janvier 2022 a été le mois le plus chaud pour l'Amazonie colombienne au cours de la dernière décennie, entraînant une multiplication des feux de forêt dans cette région du sud-est de la Colombie, avec un très probable impact sur la qualité de l'air jusque dans la capitale Bogota. (détail de l'article : L'Express, 4 février 2022)

​Près de 350 000 hectares de forêts brûlent par an. Certes ce n'est pas seulement dû au réchauffement climatique et aux accidents humains. Mais la sécheresse et les vents renforcent le danger des incendies. La répétition des feux de forêt et leur ampleur croissante provoque des impacts en cascade. Gonéri Le Cozannet, co-auteur du rapport du GIEC, met en lumière l'impact sur la qualité de l'air des villages adjacents, entrainant l'augmentation des maladies respiratoires, mais aussi sur l'érosion des sols ou la biodiversité.

  • La filière forêt-bois impactée

Le changement climatique et la détérioration des milieux forestiers a un impact sur toute la filière forêt-bois. ​La pression sur les propriétaires et gestionnaires forestiers est croissante. Les peuplements se détériorent et se fragilisent. Ils ne poussent plus aussi rapidement, plus aussi haut et ne vivent plus aussi longtemps. La compétition entre les arbres d'un même ilot, pour accéder à l'eau notamment, se renforce. De plus en plus d'essences, historiquement bien implantées, dépérissent. Le sapin pectiné, essence de montagne, est un exemple marquant en France, Très bien adapté à des altitudes de 600 à 800m il y a une vingtaine d'années, son altitude de prédilection semble plutôt être au-delà de 800m dans certains massifs aujourd'hui. 

Les effets du changement climatiques sont très rapides par rapport au développement des peuplements. Les forestiers doivent donc agir vite (à l'échelle du temps des arbres) et judicieusement.

Impacts sur le vivant

  • Perte de biodiversité

"Les risques à court terme de perte de biodiversité sont modérés à élevés dans les écosystèmes forestiers" (GIEC). Entre 3 et 14% des espèces terrestres sont menacées d'extinction même si le réchauffement est limité à +1,5°C. Les animaux, les plantes et les espaces naturels sont en première ligne, avec des "dégâts substantiels et des pertes de plus en plus irréversibles pour les écosystèmes terrestres, d'eau douce, côtiers et marins". La moitié des espèces suivies se déplacent vers les pôles ou grimpent en altitude pour échapper à l'augmentation de la température. Les vagues de chaleur provoquent de fortes mortalités et des changements irréversibles se dessinent avec le retrait des glaciers. "L'étendue et la magnitude des impacts du changement climatique sont plus importantes qu'estimées dans les précédents rapports", soulignent les auteurs du rapport.

Entre 3 et 14%

des espèces terrestres sont menacées d'extinction

  • Renforcement du changement climatique

Les forêts jouent un rôle important sur le climat. Par la photosynthèse, elles captent du CO2, au moins pendant leur croissance, et ont un effet puits qui permet de compenser en partie nos émissions anthropiques. Selon le WWF, elles capteraient 20% de nos émissions de gaz à effet de serre annuelles. Elles contribuent ainsi à lutter contre l'effet de serre et le changement climatique. L'impact des forêts pour lutter contre le changement climatique diminue avec la santé de nos forêts. Plus elles seront au contraire étendues et denses, plus elles participeront à contenir le changement climatique et protègeront le vivant !

Solutions pour s'adapter

  • Faire évoluer nos pratiques

En matière de gestion forestière, l'approche "plantation-coupe rase" semble donc vouer à l'échec. "Dans les forêts gérées, les options d'adaptation comprennent la gestion durable des forêts, la diversification et l'ajustement des compositions d'espèces d'arbres pour renforcer la résilience, et la gestion des risques accrus liés aux ravageurs, aux maladies et aux incendies de forêt" (GIEC). Les plantations en monocultures (une seule essence d'arbre), qui remplacent encore aujourd'hui progressivement les forêts en France, montrent leur fragilité face au changement climatique et aux attaques sanitaires. Une diversité des essences d'arbres permet une meilleure protection, une plus grande résilience des milieux forestiers et un meilleur effet puits de carbone (Observatoire de la Biodiversité).

De même, nous pouvons aider la forêt à s'adapter au changement climatique. Cela passe par des plantations d'enrichissement. Ici, nous pourrions le faire de manière progressive et humble. Les retours d'expérience sont encore fragiles, mais les avancées de la connaissance arrivent.​

Nous pouvons citer les travaux importants des équipes d'AFORCE et du CNPF qui se mobilisent avec leurs partenaires afin d'élaborer des outils (ClimEssences et Bioclimsol) pour aider les forestiers dans le diagnostic et les choix sylvicoles en prenant en compte l'impact du changement climatique.

  • Protéger la nature

Nous pouvons inverser la déforestation et la dégradation des forêts. "L'adaptation des forêts naturelles comprend des mesures de conservation, de protection et de restauration". Les scientifiques du GIEC insistent sur l'importance de protéger la nature, menacée par les activités humaines. "Sauvegarder la biodiversité et les écosystèmes est fondamental pour un développement résilient au changement climatique", (GIEC). Ils soulignent que ces systèmes naturels jouent un rôle pour limiter le changement climatique et s'adapter à ses effets. Selon leurs estimations, cela passe par la protection efficace de 30 à 50% des terres, des cours d'eau et des océans.

Quand l'être humain exploite, en France, près de 99% des surfaces terrestres, il peut être utile et souhaitable de laisser une plus grande partie sans intervention humaine et faire confiance aux dynamiques du vivant, pour reprendre les mots de Batiste Morizot. 

Image de Renting C

La forêt Amazonienne

​Pour les espaces forestiers, il est important de laisser des zones sans intervention humaine sur le long court. Cela permet :

  1. D'observer les dynamiques naturelles (l'évolution des espèces, maturité de la forêt, régénération du sol...) et d'observer les facultés du vivant à se débrouiller face aux menaces

  2. Aux cycles sylvigénétique (cycle d'évolution naturelle d'une forêt basé sur la régénération naturelle) de s'effectuer dans leur totalité

  • Urgence d'agir

Vous l'avez déjà lu certainement à plusieurs reprises, ce 6ème rapport du Giec rappel l'urgence inévitable d'agir dès maintenant et fortement. Il semble impossible d'attendre 2050 afin de solutionner l'ensemble des problèmes complexes et interdépendants auxquels nous devons faire face. ​Avec CERF VERT, nos associés et nos partenaires, nous tentons à notre échelle de proposer et mettre en œuvre des solutions.

Pour aller plus loin

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